Nous avons des choses à cacher

Période oblige, les discussions sur la vie privée et sur la surveillance de plus en plus présente (notamment sur le plan numérique) se multiplient. Même sans parler de PRISM ou de ses équivalents, cette surveillance est toujours plus d’actualité.

Ça passe par diverses lois qui finissent par être votées — avec plus ou moins de succès pour nous protéger, nous, braves citoyens. La tendance est à la surveillance systématique au nom de la protection. Et les partisans de cette surveillance iront vous expliquer que c’est grâce à cela que le terrorisme est majoritairement évité. Dormez braves gens, les gouvernements veillent sur vous. Et s’ils viennent empiéter sur votre vie privée, vous n’avez pas à vous inquiéter. De toute façon, vous n’avez rien à vous reprocher, donc rien à cacher, si ?

Des arguments « indiscutables »

Partout où de nouveaux systèmes empiètent sur notre vie privée, on nous le sert avec des arguments indiscutables. En France ce sera essentiellement au nom de la lutte contre la pédopornographie pour justifier la surveillance massive des communications numériques (parce qu’il est bien évident que surveiller les réseaux pour bloquer les sites pédopornographiques est plus indispensable et efficace que de trouver ceux qui le pratiquent. Il est bien évidement qu’un site bloqué ne réapparaîtra pas 2 jours plus tard, non?). Aux États-unis, ce sera toujours le terrorisme qui sera mis en avant, avec le Patriot Act et ce qu’il donne comme droit de regard, triste cadeau laissé par les attentats du 11 septembre.

Systématiquement des justifications non discutables. Qui oserait aller remettre en cause ce qui touche la pédopornographie ou le terrorisme ? Personne. Ce sont les ennemis. Il faut les vaincre, il faut s’en protéger. Et dès que vous évoquez ces dérives potentielles, il y aura toujours des gens pour hurler au scandale, parce que vous jouez le jeu de ces abominations. Il FAUT accepter d’être surveillé, traqué, filtré. C’est pour notre bien. Et puis, vous n’avez rien à cacher, si ?

Arrêtons avec cet argument insensé

Il serait temps d’arrêter de tenir ce genre de propos. Ce n’est pas parce que nous ne faisons rien d’illégal que nous n’avons pas des choses à cacher, des choses à garder dans un cadre plus fermé. Vous n’avez rien à cacher, et en conséquence cela ne vous gène pas que 100% de vos données électroniques, de vos mails, de vos discussions sur le web, des sites que vous visitez etc soient observés ? Transposez donc dans le monde physique. Seriez-vous vraiment prêt, parce que vous n’avez rien à cacher, à avoir une personne en permanence chez vous, en mesure de vous suivre dans chaque coin de votre logement pour voir le moindre de vos faits et gestes ? Accepteriez-vous que quelqu’un vous regarde dormir, manger, aller la douche ou aux toilettes, lire tel ou tel ouvrage ? Vous n’y faites rien d’illégal. Pourtant, vous tenez à cette intimité. Il devrait en être de même pour votre vie privée sur le web.

Une conférence sur le sujet

Numendil a animé une conférence sur le sujet lors du PSES2013. Qui concerne cette surveillance grandissante mais aussi la notion de vie privée à travers les réseaux sociaux, et les informations que les géants du Web sont capables de recouper avec nos données. Bien que je n’ai pas eu l’occasion de m’y rendre, j’ai pu la voir en vidéo (grâce à l’article de Korben). Je ne peux que vous inviter à la regarder, y compris si vous faites parti de ces gens qui ne voient pas de problème à cette intrusion toujours plus profonde dans nos vies privées sous prétexte qu’ils n’ont rien à cacher. Elle est relativement longue (un peu plus d’une heure, suivie par une séance de questions/réponses) mais il serait vraiment dommage de s’en priver. En plus elle est sous licence CC0. Elle n’est pas belle la vie ?

Pour conclure

Sans entrer dans le débat en cours sur PRISM (très sincèrement…on savait déjà. Il y a simplement des éléments concrets pour justifier ce qui est dénoncé depuis de nombreuses années), il est important que chaque citoyen prenne conscience de cette intrusion toujours plus marquée dans nos vies privées.

Il n’est pas normal que sous le couvert de notre protection à tous, la surveillance de chaque citoyen devienne systématique. D’ailleurs, ce genre de choses de mène à rien de bon.  Une intrusion systématique dans la vie de tout les citoyens est indigne d’une démocratie, et se rapproche d’avantage d’un système totalitaire.

Je ne pouvais terminer cet article (le premier en son genre sur ce blog, mais peut-être pas le dernier) que par ce qui est incontestablement ma citation favorite, et tellement d’actualité :

Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. — Benjamin Franklin

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